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L'art du déséquilibre, par Frédéric Dambach  (30/11/2012)

Si l’on  me demande qu’est-ce que le Judo je répondrais spontanément :
« C’est l’art de faire tomber quelqu’un sur le dos en utilisant le minimum de force. »
Ce qui entraine immédiatement la question suivante : « Si l’on utilise pas ou peu la force, qu’utilise-t-on en plus ou à la place ? »
Réponse : en plus de la force, on utilise sa propre vitesse et son propre poids.
Mais cela ne suffit pas, car si je pèse 50 kg et que je rentre à toute vitesse dans un sumotori immobile, j’ai plus de chance de rebondir que de le faire tomber.
Il faut donc utiliser sa force, sa vitesse et  son poids « au bon moment » pour déséquilibrer  l’adversaire jusqu’à le faire tomber.
Arrêtons-nous un instant sur la notion d’Equilibre / Déséquilibre.
Si je définis l’équilibre comme une position que l’on peut tenir longtemps sans fournir d’effort, la position d’équilibre la plus simple est évidemment l’immobilité. Mais tous les équilibres ne se valent pas. L’équilibre en Shizen-tai est moins stable que l’équilibre en Migi ou Hidari-shizen-tai . L’équilibre qui consiste à s’appuyer sur le partenaire est hautement instable car il suffit que celui-ci retire son appui pour que l’on soit déséquilibré. Je reviendrai sur ces notions d’équilibre.
Par opposition, le déséquilibre apparaît dès qu’il y a mouvement.
Il suffit pour s’en convaincre d’observer l’enfant qui apprend à marcher : il penche le corps, puis, comme il vacille vers l’avant, il place un pied devant lui pour se récupérer, puis l’autre etc.. Chez l’adulte la marche «parait contrôlée », mais cela reste une succession de déséquilibres rattrapés. Il suffit d’une « peau de banane »  pour que l’on glisse et tombe.
Donc, pour être déséquilibré, Uke doit bouger, qu’il bouge de lui-même ou sous l’impulsion de Tori. Bouger ne veut pas obligatoirement dire avancer ou reculer, mais plus généralement déplacer son sens de gravité.
• Si Uke bouge de lui-même, Tori économise encore plus de force : si Uke cours vers moi, il me suffit de m’accroupir pour qu’il me percute et bascule par-dessus moi. Ce cas de figure s’observe régulièrement en compétition lorsque celui mené au score se jette sur son opposant qui n’a plus qu’à se baisser pour le projeter.
• Si Uke recule ou se penche en arrière et que je le pousse vivement, j’amplifie le mouvement qu’il a initié jusqu’à le faire chuter en arrière. C’est la base de O-uchi-gari par exemple.
• Si Uke avance ou se penche en avant et que je le tire vivement, j’amplifie le mouvement qu’il a initié jusqu’à le faire chuter vers l’avant. C’est la base de Uki-otoshi par exemple.
• Si Uke est immobile, donc en équilibre,  il faut susciter le mouvement, ce qui peut se faire de 3 façons :
1. Simplement en tirant ou en poussant afin d’initier le mouvement comme expliqué ci-dessus.
2. En tirant ou en poussant afin d’obtenir une réaction en sens inverse.
3. En feintant une action de manière à ce qu’Uke réagisse sans qu’aucune force ne lui ait été appliquée.  Cela peut sembler difficile mais un contre-pied bien exécuté peut facilement donner ce résultat.
Cette dernière façon est à mon sens la plus proche du principe fondamental : « minimum d’énergie – maximum d’efficacité »